lundi 28 janvier 2008

Introduction au système électoral américain

Hier (dimanche), j'ai été suivre le cours d'"introduction au système d'élections présidentielles américaines" de Michael Froomkin, professeur en droit à l'Université de Miami, spécialiste du droit administratif américain et bloggueur. En moins de 2 heures, il a réussi à expliquer les grandes lignes du système électorale pour ensuite répondre à une avalanche de questions émanant d'un groupe de journalistes européens en visite pour suivre les élections primaires aux Etats-Unis. Le professeur vient de publier sa présentation PowerPoint (en version flash) sur internet, vous pouvez donc lire le résumé du résumé du cours express sur le système électorale.

J'ai pris note de l'essentiel de son cours : faire une distinction entre les élections générales (general election) et les primaires (primaries). Ce que je suis en train de suivre ici, ce sont les élections primaires où les partis politiques vont élire leur candidat officiel pour se présenter aux élections générales. Les élections générales sont régies essentiellement par la Constitution américaine alors que le système des primaires est de la compétence des Etats fédérés et des partis politiques. Pour être candidat à la présidence, il faut être né citoyen américain et avoir plus de 35 ans (article 1, section II de la Constitution), ce qui exclus les personnes naturalisées (mais pas les éventuelles personnes clônées!) d'être candidat. La méthode pour élire le président n'est pas directe avec le principe d'un homme, une voix mais il s'agit d'une élection indirecte (avec un Collège électoral) et par Etat (chaque Etat a un nombre de grands électeurs égal au nombre des députés qu'il a proportionnellement à la Chambre plus ses 2 sénateurs). Ainsi, le nombre minimum de grands électeurs pour un Etat est 3 (1 député et 2 sénateurs) comme c'est le cas par exemple dans le Wyoming ou le Nevada. Il existe donc des "grands électeurs" (élus directement) chargés d'élir le nouveau président des Etats-Unis mais "personne ne connaît vraiment ces grands électeurs et ne veut les connaître". Les "grands électeurs" sont des personnes de confiance désignés par les candidats et restent assez invisibles. Ainsi quand un électeur américain vote pour Obama, Hillary, McCain ou Romney dans un Etat, ce sont en réalité des "grands électeurs" qui sont élus et qui ont promis de voter pour le candidat en question. Est-il possible que le "grand électeur" décide finalement de voter pour quelqu'un d'autres ? Oui mais c'est très rare (ces cas bizarres se sont déjà produits en 1800, 1824, 1976 et 1988). Important : le vote des "grands électeurs" n'est pas secret. 48 Etats américains utilisent le système "winner take all" (le gagnant remporte la totalité des sièges) et 2 Etats (Maine et Nebraska) utilisent un système proportionnel. Par ailleurs, une pétition (ballot initiative) circule en Californie pour faire basculer cet Etat vers un système proportionnel. Majoritairement et traditionnellement démocrate (malgré un gouverneur républicain comme Arnold Schwarzenegger), la Californie compte également une importante minorité républicaine et est le plus peuplé des Etats américains. Faire basculer la Californie du "winner take all" vers un système proportionnel rendra impossible l'élection d'un candidat démocrate à la Maison blanche. Le mouvement derrière cette initiative, à première vue louable, est donc téléguidé par des lobbies républicains afin de barrer la route aux Démocrates. "C'est possible que le projet passe bientôt mais il ne sera d'application que pour les prochaines élections présidentielles", précise Michael Froomkin. Tout ça est encore relativement simple à comprendre et concerne les élections générales où s'affrontent les candidats nominés par les partis politiques. Avant les élections générales, il y a évidemment les primaires où les candidats de chaque formation politique s'affrontent pour décrocher la nomination du parti. Ce système est beaucoup plus complexe : les législateurs de chaque Etat décident eux-mêmes de la manière dont il convient d'organiser leurs primaires (open, closed, semi-closed, blanket, non-partisan ou caucuses). Attention, c'est là que les choses se compliquent : chaque parti politique alloue un nombre de délégués par Etat qui représenteront le candidat à la Convention du parti chargée d'installer le candidat officiel qui affrontera l'autre (ou les autres) candidat(s) lors des élections générales.
Bon, je vous passe le reste pour vous expliquer le bordel en cours dans l'Etat de Floride. Ce mardi, les électeurs inscrits peuvent participer aux primaires en Floride. Aux Etats-Unis, quand quelqu'un va s'inscrire à la mairie, on lui demande s'il veut être inscrit comme électeur "démocrate", "républicain", "autre parti" ou "indépendant". L'enregistrement, la liste des électeurs, les préférences politiques sont des données publiques. C'est quelque chose qui m'a profondément perturbée mais visiblement cela ne choque pas les Américains. J'ai fait le test hier lors d'une visite au Wolfsonian Museum où je demandais à chaque personne que je rencontrais son appartenance politique et effectivement tout le monde m'a dit ouvertement "démocrate" ou "républicain" (pas d'indépendants) en entament la discussion sur la campagne présidentielle. Etant donné que les Etats organisant en premier les primaires jouent un rôle décisif dans le résultat final, plusieurs Etats ont commencé à reculer la date de leurs primaires afin d'avoir plus de poids dans le choix du futur Président des Etats-Unis. Pour arrêter cette course sans fin, les partis politiques ont décidé de punir les Etats avançant leurs primaires. Malgré la menace, la Floride a quand même avancé sa date et les partis politiques ont puni l'Etat en réduisant de moitié (chez les Républicains) ou en supprimant complètement (chez les Démocrates) le nombre de délégués envoyés à la Convention du parti. Ce qui fait que les primaires démocrates en Floride ne compteront pour rien et que les primaires républicaines compteront pour moitié.

Cela a l'air compliqué mais, croyez-moi, c'est assez facile à suivre pour n'importe quelle personne ayant grandi dans le fédéralisme belge. Trop fatigué pour l'instant, je vais me servir un "Mojito" et manger quelques morceaux d'apéritifs...